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Calculer la marge par culture au Maroc : méthode simple + exemple (tomate)

08 octobre 2026 · 6 min de lecture

Page Rentabilité d'Amtol : coût total, revenu, marge et détail par culture

Vous avez fini la campagne, les camions sont partis, et la même question revient : cette culture m'a-t-elle rapporté de l'argent, ou seulement de la fatigue ? Beaucoup de maraîchers connaissent leur chiffre d'affaires à peu près, mais pas ce qui leur reste une fois tous les coûts payés. Voici une méthode simple, faisable avec un cahier ou un tableur, puis un exemple chiffré sur la tomate.

Pourquoi la marge réelle reste souvent inconnue

Il y a trois raisons. D'abord, les dépenses sont éparpillées : les factures d'engrais chez un fournisseur, la paie des ouvriers dans un autre cahier, l'eau et l'électricité réglées chaque mois pour toute l'exploitation. Personne ne les a jamais regroupées par culture.

Ensuite, on regarde ce qu'on a encaissé plutôt que ce qu'il a fallu dépenser pour l'obtenir. Un bon prix de vente donne l'impression d'une bonne campagne, même quand les coûts ont grimpé en parallèle. Enfin, les dépenses partagées (le puits, le tracteur, le chef de culture) ne sont rattachées à aucune culture, donc on ne sait pas laquelle les consomme vraiment.

Résultat : on prépare la campagne suivante sur une impression. Or deux cultures vendues au même prix peuvent laisser des marges très différentes, parce que l'une demande beaucoup plus de traitements, de main-d'œuvre ou d'eau que l'autre.

Les coûts à compter pour une culture

Pour chaque culture, ou chaque parcelle si vous voulez être plus précis, notez cinq familles de coûts.

  • Les semences ou plants, et le matériel qui va avec : plastique, tuteurs, ficelle, goutteurs si vous les renouvelez à chaque cycle.
  • Les intrants : engrais, produits phytosanitaires, amendements. Comptez ce qui a été réellement utilisé sur la culture, pas ce qui a été acheté et dort encore au magasin.
  • L'eau et l'énergie : pompage, électricité ou gasoil, redevance éventuelle. Si un compteur couvre plusieurs parcelles, répartissez selon la surface ou les heures d'irrigation.
  • La main-d'œuvre : plantation, entretien, traitements, récolte. Les heures ou les journées de chaque ouvrier, multipliées par ce que chacun vous coûte vraiment.
  • La récolte, l'emballage et le transport : caisses, frais de station de conditionnement, camion vers le marché ou vers l'acheteur.

Il existe un sixième poste, les frais généraux de l'exploitation : location du terrain, assurance, salaire de l'encadrement, matériel. Gardez-les à part pour commencer. Vous pourrez les répartir plus tard, ou simplement les comparer à la marge totale de toutes vos cultures.

La formule de la marge par hectare

Elle tient en trois lignes.

  • Coût par hectare = total des coûts de la culture, divisé par la surface en hectares.
  • Revenu par hectare = kilos vendus multipliés par le prix moyen encaissé, divisés par la surface.
  • Marge par hectare = revenu par hectare, moins coût par hectare.

Ajoutez une quatrième ligne : le coût au kilo, c'est-à-dire le total des coûts divisé par les kilos récoltés. C'est le chiffre le plus utile avant de négocier un prix, parce qu'il dit à partir de quel prix vous perdez de l'argent. Utilisez le prix moyen réellement encaissé sur la saison, pas le meilleur prix que vous ayez vu un jour de pointe.

Exemple chiffré : 1 hectare de tomate

Les chiffres ci-dessous sont un exemple inventé pour la démonstration. Ce ne sont pas des moyennes du secteur ni des statistiques : remplacez-les par les vôtres.

Poste (exemple, 1 hectare)Montant en DH
Plants et petit matériel25 000
Engrais18 000
Produits phytosanitaires12 000
Eau et énergie15 000
Main-d'œuvre60 000
Emballage et transport35 000
Autres (plastique, tuteurs, imprévus)10 000
Total des coûts175 000

Supposons une récolte vendue de 60 000 kg (60 tonnes) à un prix moyen de 4 DH le kilo. Le revenu est de 240 000 DH. La marge est donc de 65 000 DH pour l'hectare. Le coût au kilo ressort à 2,92 DH (175 000 divisés par 60 000), pour un kilo vendu 4 DH : environ 1,08 DH de marge par kilo.

Voyez ce que fait une mauvaise saison, toujours avec des chiffres d'exemple. Si le prix moyen tombe à 3 DH, le revenu passe à 180 000 DH et la marge à 5 000 DH, presque rien. Si le prix reste à 4 DH mais que la récolte baisse à 50 tonnes, le revenu est de 200 000 DH et la marge de 25 000 DH, en gardant les mêmes coûts. Sans coût au kilo en tête, on ne s'aperçoit de rien avant la fin de la campagne.

Comparer deux cultures sur la même base

Le vrai intérêt de la marge par hectare, c'est la comparaison. Prenons une deuxième culture, toujours avec des chiffres d'exemple : 120 000 DH de coûts à l'hectare, 30 tonnes vendues à 6 DH le kilo. Le revenu est de 180 000 DH, la marge de 60 000 DH, et le coût au kilo de 4 DH.

À première vue, la tomate de l'exemple précédent gagne : 65 000 DH de marge contre 60 000 DH. Mais elle a demandé 175 000 DH de dépenses, contre 120 000 DH pour l'autre. Rapportée à la somme engagée, la première rend environ 0,37 DH par dirham dépensé, la seconde 0,50 DH. Si votre trésorerie est limitée, ou si vous avez peu d'hectares disponibles, cette seconde lecture change la décision. Aucune des deux n'est « la bonne » : tout dépend de ce qui vous manque le plus, l'argent ou la terre.

Les erreurs fréquentes

  • Ne pas compter son propre temps ou celui de la famille : la marge paraît meilleure qu'elle n'est.
  • Compter les achats plutôt que la consommation : un sac d'engrais acheté en octobre n'est pas un coût de la culture de septembre.
  • Garder une facture commune à plusieurs cultures sans la répartir, ce qui fausse toutes les marges.
  • Confondre kilos récoltés et kilos vendus : les invendus et les déclassés ne rapportent pas le prix plein.
  • Prendre le prix affiché au marché plutôt que le prix réellement encaissé, après commissions et pertes.
  • Faire le calcul une seule fois, après la dernière récolte, quand il est trop tard pour changer quoi que ce soit.

Un point rapide chaque mois suffit à voir une dérive : une culture dont les coûts montent plus vite que les ventes, ou une parcelle qui consomme deux fois plus d'eau que sa voisine.

Par où commencer cette semaine

Inutile de reconstituer toute la campagne passée. Choisissez une seule culture en cours, celle qui pèse le plus dans votre chiffre d'affaires, et faites trois choses : rassemblez les factures et les bons de livraison de cette culture, relevez les heures ou les journées de main-d'œuvre de la semaine, et notez les kilos récoltés et le prix obtenu à chaque vente. Au bout d'un mois, vous aurez un premier coût au kilo, même approximatif. Il vaut mieux un chiffre à 10 % près aujourd'hui qu'un chiffre exact dans six mois.

Comment automatiser le calcul avec Amtol

Sur un cahier ou sur Excel, cette méthode fonctionne, mais elle oblige à recopier chaque facture et chaque pointage dans le bon onglet (nous comparons les deux approches dans Excel ou logiciel de gestion agricole). Dans Amtol, les coûts viennent de ce que vous saisissez déjà au quotidien : les interventions avec l'intrant utilisé, les achats de stock, les ventes. La page Rentabilité affiche pour chaque culture le coût total, le revenu, la marge et le coût au kilo, sans ressaisie. Le détail est sur la page logiciel de coût de production et de marge par culture.

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Questions fréquentes

Quelle différence entre marge brute et bénéfice ?

La marge brute est le revenu d'une culture moins ses coûts directs (plants, intrants, eau, main-d'œuvre, récolte). Le bénéfice se calcule après avoir retiré aussi les frais généraux de l'exploitation, comme la location du terrain ou l'assurance.

Dois-je compter l'eau si le puits m'appartient ?

Oui, au moins l'énergie de pompage et l'entretien. Même sans facture d'eau, le pompage coûte de l'électricité ou du gasoil, et ce coût pèse davantage sur les cultures qui irriguent beaucoup.

À quelle fréquence faut-il refaire le calcul ?

Un point rapide chaque mois pendant la campagne, puis un bilan complet à la fin de chaque culture. Le point mensuel permet de corriger une dérive à temps, le bilan sert à décider de la campagne suivante.

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